samedi 20 novembre 2021

Amanda Lear : « Quand Dalí m’a rencontrée, il m’a dit que j’avais la plus belle tête de mort qu’il ait jamais vue ! »

Amanda Lear : « Quand Dalí m’a rencontrée, il m’a dit que j’avais la plus belle tête de mort qu’il ait jamais vue ! »

Celle qui fut la muse de l’artiste dans les années 1970 à Cadaqués interprète, dans « Tuberose », des classiques inattendus de la chanson française. Et se souvient de ses étés auprès du peintre.

Amanda Lear et Dalí, assis sur ce sofa qu’il avait dessiné dans les années 1930, inspiré de la forme des lèvres de Mae West. AMANDA LEAR

« “Les piscines, c’est pour les touristes hollandais ! Nous, les Espagnols, on se baigne dans la mer. Il nous faut de l’eau salée, une crique et des oursins.” Voilà ce que m’a dit Dalí [1904 - 1989] quand je suis arrivée à Cadaqués, où cette photo a été prise. C’était en 1970. Je lui tenais compagnie quand sa femme, Gala, partait se balader en Italie ou en Grèce. Soulagée que quelqu’un prenne sa place, elle me laissait les clefs de la maison, et me disait : “Surveillez qu’il ne se casse pas la gueule et qu’il prenne bien ses médicaments.” Tous les après-midi, je le regardais peindre en lui lisant Huysmans ou le marquis de Sade. Le soir, j’allais courir dans le village avec des garçons aux cheveux longs.

« A l’époque, toute la gauche intello de Barcelone passait ses week-ends à Cadaqués. Ils détestaient Dalí, qui était un vendu, un traître, un riche qui avait fait carrière en Amérique, et se baladait avec sa Cadillac et son chauffeur dans ce petit village de pêcheurs. »

Un jour, il a cédé à mon caprice de piscine. Mais pour ne pas faire comme tout le monde, il a fait creuser un bassin long de 10 mètres, en forme de zigounette avec deux testicules. Le fond, protégé par une plaque de verre, était recouvert d’oursins, et on avait de l’eau jusqu’au nombril. Bref, le but n’était pas du tout d’y nager ! Sur la photo, il est assis sur ce sofa qu’il avait dessiné dans les années 1930, inspiré de la forme des lèvres de Mae West. Il était tombé fou amoureux d’une publicité pour les pneus Pirelli, qu’il avait vue au bord de l’autoroute en arrivant de Barcelone. Il trouvait ça tellement pop ! A l’époque, toute la gauche intello de Barcelone passait ses week-ends à Cadaqués. Ils détestaient Dalí, qui était un vendu, un traître, un riche qui avait fait carrière en Amérique, et se baladait avec sa Cadillac et son chauffeur dans ce petit village de pêcheurs.

Je suis tellement maigrichonne sur la photo ! Je dois peser 45 kilos. J’étais mannequin, et à l’époque, on cherchait des filles très maigres, ce que Dalí adorait. Quand il m’a rencontrée, la première fois, il m’a dit que j’avais la plus belle tête de mort qu’il ait jamais vue ! Lui est déguisé, comme d’habitude. Avec la canne et les moustaches… Il appliquait une cire chaque matin pour leur donner leur forme, et comme il était très vaniteux et qu’en vieillissant, sa moustache grisonnait, il m’empruntait mon crayon pour les yeux pour la maquiller en noir. Le soir, il m’embrassait sur le front et me collait l’empreinte de ses deux moustaches !


Notre compagnonnage a duré ainsi plusieurs années, jusqu’au jour où je me suis mise à chanter. Il trouvait ça vulgaire pour une femme intelligente et cultivée de monter sur scène et de se donner en spectacle. Il aurait préféré que j’épouse un grand d’Espagne, homosexuel de préférence, et que je vive dans un palais à Séville. Mais ce n’était ni mon genre ni mon ambition. »

Tuberose, d’Amanda Lear, BoomLover/MCA/Universal, 16,99 €.

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